| PORTER LE CHAPEAU. | ||
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Que sera demain la Peinture? Je n'en sais rien, personne n'en sait rien. Il n'est pas certain qu'elle soit... Ici et Maintenant, tel est le tableau, toujours perverti par les machines à reproduire ailleurs et plus tard. C'est son chemin de croix quand il se transforme en images et répliques, pour le plus grand bien de la Culture et de la Pédagogie, ces purées de modes d'emplois qui rendent les hommes aptes à la conversation et au malheur distillé. Bons ou mauvais les tableaux sont recueillement et silence... Il s'agit de voir "Dieu" ou son équivalent, d'échapper à la gravitation du temps contraint. Les tableaux sont-ils si "visibles"? La "Guerre" du Douanier Rousseau est encore au Grand Palais pour quelques jours, très facile à regarder car personne ou presque ne s'y arrête. Drôle de public d'ailleurs : 75% de plus de soixante ans, 60% de femmes, quelques enfants conduits par les grands-mères... quelques rares trentenaires... On dirait que l'école est passée par là, que les pacifistes ont fait leur travail... ou qu'un cheval noir sur des cadavres blancs est moins saisissant qu'un cheval blanc sur des cadavres noirs... On regardait peu la jeune fille à la robe rose et l'enfant au pantin. Les petits paysages peuplés d'invariants plastiques n'avaient que demi succès, seules les jungles aux feuilles démesurées cachant des tigres ou exhibant d'énormes fleurs faisaient tenir en place... J'eus parfois l'impression qu'on venait voir les illustrations du catalogue... Mais pourquoi s'en faire? Un petit garçon tirait son grand père par la manche et pointait l'index entre les cuisses du mort au premier plan et montrait deux paupières fermées surmontés d'un trou sanglant, à peine visible dans le magma des cadavres et des corbeaux à leur affaire.. |
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| Ducruet. Chapeau. ©.2006. | ||
La
"Bellone " en fureur de 1894 ne fut risible que dix ans et quelque
chose me dit qu'elle fait se détourner les yeux en ce début
de siècle. La course folle du cheval à tête minuscule,
l'épée tenue comme par une mauvaise élève,
la poupée maléfique montée en amazone, les silencieux
dépouillés, les freux pinçant des lambeaux de viande,
les arbres gris ou noirs à quelques feuilles, les nuages roses
comme des entrailles et oranges comme les gaz mortels... Ce tableau n'est
pas tableau d'Histoire... Il est actif ... Annonce macabre, amorale, giflant
l'air tiède des corps jetés en vrac. Le "Radeau de
la Méduse" était un naufrage pyramidal, la "Mort
de Sardanapale" fut un bazar jubilatoire, "Guernica" fut
digne de Saint-Just... Ici l'homme du peuple, privé de rhétorique,
lance une machine infernale aux couleurs des fruits de l'enfer, le galop
perpétuel des idées noires et des folies douces, le feu
sur toute la Terre, les élites disparues comme l'herbe sous les
chevaux des Huns...La Mort ayant enfin la vie devant soi... |
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Ducruet.
Dessins. © 05/2006. Enfants soldats. |
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Douanier
Rousseau." La Guerre". Détail. Ed. Flammarion. |
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